La philosophie du bouddhisme

Une exploration des notions qui éclairent notre compréhension de la réalité.

Les enseignements du Bouddha peuvent être abordés de différentes manières. On peut y trouver des aspects :

  • religieux (des rituels et cérémonies, notamment pratiquées en groupe),
  • psychologiques (des explications approfondies sur le fonctionnement de l’esprit),
  • et philosophiques (une analyse très fine de la réalité).


Voyons comment la philosophie bouddhiste s’est développée et ce qu’elle recouvre.

LES CHAMPS DE PHILOSOPHIE

Au cours de ses 2 500 ans d’évolution, le bouddhisme a développé une profonde réflexion philosophique qui touche plusieurs domaines de connaissance.

Le Dhammapada, le recueil des paroles du Bouddha, résume ainsi le chemin bouddhiste :

Abandonner les causes de souffrance,
Cultiver les qualités bénéfiques,
Transformer son esprit,
Tel est l’enseignement du Bouddha.

Les deux premières lignes soulignent l’importance d’une conduite éthique, qui dérive elle-même de l’observance de la causalité karmique, un des fondements philosophiques du bouddhisme.

La troisième ligne indique que le moteur essentiel de la progression spirituelle réside dans la transformation de notre propre esprit. La clé de cette transformation intérieure est un entraînement ciblé qui est cœur de la pratique bouddhiste : la méditation.

Pour chaque sujet de connaissance, il est donc nécessaire d’abord de l’étudier et de le comprendre (la phase « d’écoute »), puis d’y réfléchir sérieusement en explorant tous ses tenants et aboutissants (la phase de « réflexion »), et enfin de s’y habituer, de se familiariser avec (la phase de « méditation »).

LA VOIE VERS L’ÉVEIL

Un ouvrage de référence

CONNAÎTRE LA VACUITÉ

Comprendre l’existence

Bouddhisme et psychologie

Afin de maîtriser l’esprit et de comprendre en profondeur les mécanismes cognitifs, le bouddhisme a exploré en détail la psychologie humaine. Alors que la psychologie occidentale s’est surtout attachée à décrire et comprendre les désordres mentaux des patients, le bouddhisme a cherché à expliquer le fonctionnement normal de l’esprit. 

Ce volet de la philosophie bouddhiste peut ainsi être qualifié de véritable science de l’esprit, c’est-à-dire qu’il réunit de vastes connaissances qui s’appuient en particulier sur l’expérience introspective.

Bouddhisme et épistémologie

Le bouddhisme a également développé l’épistémologie, une théorie de la connaissance et de sa validité, dans les traités sur la cognition valide (Skt. pramāṇā), ainsi que son propre système de logique. La tradition guéloug du bouddhisme tibétain en particulier fonde son cursus monastique sur la pratique du débat logique, qui permet d’affûter nos raisonnements.

Bouddhisme et analyse de la réalité

Mais avant tout, le cœur de la philosophie bouddhique est une analyse ontologique de la réalité. Quelle est la nature des phénomènes ? Quelle est la nature de l’être, de la personne ? Toute la sagesse bouddhiste et tous les enseignements du Bouddha convergent vers les réponses à ces questions.

LES GRANDS PRINCIPES PHILOSOPHIQUES

Les Quatre nobles vérités

Lors de son tout premier discours, le Bouddha Shakyamouni a exposé les Quatre vérités des êtres nobles (Skt. ārya), c’est-à-dire les vérités qui sont reconnues par les pratiquants ayant atteint une puissante compréhension de la vacuité. Toutes les traditions bouddhistes s’appuient sur cet enseignement fondamental.

Ces quatre vérités peuvent être comprises par le biais d’une métaphore sur la santé. Le Bouddha est ainsi assimilé à un médecin qui a exposé une thérapeutique :

  • La vérité de la souffrance. Tous les êtres ordinaires sont affectés par toutes sortes de souffrances ou d’insatisfactions (Skt. Dukkha). Cette situation désagréable dans laquelle nous nous trouvons correspond à la « maladie » que nous cherchons à guérir. Même les expériences que nous qualifions habituellement de « plaisirs » ou de « bonheurs » ne sont la plupart du temps que des soulagements très éphémères. En outre, la nature de ces plaisirs est souvent le lit de souffrances futures, dont l’exemple le plus simple est l’addiction. Les plaisirs ordinaires s’usent vite et génèrent des envies voire des besoins de plus en plus intenses qui nous entraînent vers davantage de problèmes. Comprendre cette vérité est la clé pour apprendre à se détourner de notre avidité déraisonnée de plaisirs temporaires et pour se mettre en quête d’une solution générale à ces souffrances.
  • La vérité de l’origine de la souffrance. Toute souffrance a nécessairement des causes et des conditions. Lorsque ces causes et ces conditions sont absentes, leur résultat est absent. Ainsi, comprendre les causes ou les origines de notre souffrance va nous permettre de cibler parfaitement « l’étiologie de notre maladie ». Nous ne pourrons guérir de notre maladie que si nous en connaissons l’origine exacte, afin d’appliquer un remède adapté.
  • La vérité du la cessation de la souffrance. Une fois que nous aurons compris et accepté que notre existence dans le samsara est gouvernée par ce terreau de souffrances, et compris la cause de cette maladie (l’origine), nous saurons qu’en éliminant la cause, la souffrance disparaîtra. Cette troisième vérité nous incite à comprendre que la cessation de la souffrance est possible : elle a une origine dont nous pouvons nous débarrasser et si nous y parvenons, la souffrance cessera.
  • La vérité du chemin vers la cessation. Lorsque nous saurons que nous sommes malades, que nous connaîtrons l’origine de cette maladie et comprendrons que la maladie cessera avec l’élimination de sa cause, nous serons déterminés à faire le nécessaire pour appliquer le « remède », c’est-à-dire à nous débarrasser de cette cause de souffrance. L’antidote, le traitement que nous allons utiliser correspond à cette vérité du chemin, à savoir la pratique des enseignements du Bouddha (qu’on appelle le Dharma).

Les 12 liens de l’apparition en dépendance

La causalité karmique

En termes simples, l’apparition en dépendance est un exposé des lois de la causalité. Les causes produisent des effets et les effets sont dus à des causes, et il existe une spécificité entre telle et telle cause et tel et tel effet. Quand un grain de riz germe, c’est un plant de riz qui pousse, jamais un plant de blé. 

Dans la philosophie bouddhiste, cette spécificité s’étend à toutes nos expériences physiques et psychiques : chaque sensation agréable a ses propres causes spécifiques et chaque sensation pénible a les siennes. Le Bouddha a expliqué que toutes ces expériences trouvent leurs causes dans nos propres actions. Une action est un « karma », qui est le même terme en sanskrit. Lorsque nous agissons de manière négative, avec une intention nuisible, nous semons les conditions de notre propre souffrance future. Lorsque nous agissons de manière positive, avec des intentions altruistes, nous semons les conditions de notre bonheur futur.

Cette spécificité est une règle fondamentale de la causalité karmique. Elle a une conséquence simple et directe : plus nous commettrons d’actions néfastes, plus nous souffrirons, et plus nous ferons le bien autour de nous, plus nous aurons de bonheur. Cette loi karmique a beau paraître simple, elle n’est malheureusement pas évidente à l’échelle de notre courte existence. 

En effet, les karmas que nous accumulons peuvent sommeiller pendant des dizaines ou même des centaines d’années avant de produire leurs effets. En outre, nous créons des karmas à longueur de journée : chaque pensée, chaque parole et chaque geste est un karma qui s’accumule dans notre courant de conscience. 

Ainsi, cette quantité phénoménale de karmas associée aux très longues durées qui peuvent exister entre un karma et ses fruits nous empêchent de déterminer quel karma est en train de porter ses fruits. Nous ne pouvons généralement pas constater par nous-mêmes cette relation spécifique entre nos actions antérieures et les expériences que nous vivons au quotidien.

Une théorie de la conscience

Une grande majorité des scientifiques modernes et la pensée populaire occidentale a souvent une vue matérialiste (ou physiciste) : l’Univers est fondamentalement et uniquement composé de matière ou d’énergie physique. La conscience n’est donc que le résultat de l’activité cérébrale et elle n’est apparue dans l’Univers que tard dans son histoire, via l’évolution du vivant.

D’après cette vue matérialiste, la conscience est donc générée par l’activité électrique et chimique du réseau complexe de neurones cérébraux. Elle est « produite » par le cerveau. Pourtant, à ce jour, cette vue matérialiste n’est étayée par aucune preuve scientifique. 

Les neurosciences modernes n’ont aucun élément probant qui expliquerait comment le cerveau produit la conscience. Elles ont établi de façon claire que le cerveau et la conscience étaient intimement liés : les changements qui interviennent au niveau cérébral peuvent influencer les événements psychiques qui se déroulent dans notre conscience, et vice versa, les pensées, les émotions ou les décisions dans notre conscience peuvent modifier l’activité ou même la structure des neurones (plasticité neuronale).

Le cerveau et la conscience sont donc fortement corrélés. Mais une corrélation ne signifie pas qu’il y ait un lien de causalité. Le simple fait que deux événements se produisent de façon corrélée n’implique pas que l’un est la cause de l’autre. Cette causalité entre le cerveau et la conscience n’a ainsi jamais été prouvée. Il ne s’agit que d’une hypothèse.

Dans la philosophie bouddhiste, la conscience est un élément fondamental de la réalité. Elle n’est pas causée au sens propre par une matière quelconque. Aucune matière inerte ne peut générer une conscience, et vice versa, la conscience ne peut pas se transformer en matière. 

Il existe aujourd’hui un faisceau d’arguments qui vont à l’encontre de cette vue matérialiste. Aucun de ces arguments n’est une preuve, mais ils remettent en question la vue généralement acceptée et convergent pour la réfuter. Il existe par exemple des études sérieuses sur des enfants qui décrivent en détail des expériences de vies passées ; des études scientifiques sur les expériences de mort imminente ; ou encore des études sur certaines situations inexplicables au seuil de la mort, comme la lucidité pré mortem.

Si la conscience n’est pas produite par le cerveau, comme le prétend la science moderne, alors que devient-elle après la mort cérébrale ? D’où vient la conscience, avant que le cerveau ne soit fonctionnel ? 

Le Bouddha a enseigné que notre corps actuel n’est qu’un réceptacle transitoire. La conscience est un « courant », un continuum d’événements psychiques où chaque événement a pour cause un événement psychique antérieur. Ce courant n’a pas de début réel ni de fin réelle.

L’origine de la souffrance

Si nous ne voulons plus souffrir, il est crucial d’identifier l’origine de notre mal-être. La grille de lecture des 12 liens permet de mettre en avant ces mécanismes. 

La Roue de la vie

Les 12 liens de l’apparition en dépendance révèlent le fonctionnement de nos existences successives au sein du samsara.

L’ignorance est cette cause première, le premier des 12 liens. C’est l’origine proprement dite de nos souffrances, l’étiologie de cette maladie qu’il faut soigner. Il ne s’agit pas juste d’un manque de connaissance : l’ignorance est une compréhension erronée. Nous nous trompons lourdement sur la réalité. Depuis la nuit des temps, nous croyons fermement que les choses existent réellement : cette table existe réellement, ma voiture existe réellement, et surtout, j’existe réellement. Nous pensons que cette table est une table par son propre pouvoir : elle ne dépend pas de nous, ni de notre façon de la percevoir et d’y penser. Comprendre cette ignorance consiste à comprendre que la table, la voiture et nous-mêmes sommes vides d’existence véritable. Pour détruire cette ignorance, nous devons comprendre la vacuité des choses.

À cause de cette ignorance, nous nous comportons de manière inappropriée. Face à un objet que nous trouvons agréable, nous allons développer de l’attachement, une perturbation mentale, et ainsi commettre des actions négatives, autrement dit du karma, le 2e lien. Face à un objet désagréable, l’aversion va apparaître et nous pousser à créer des karmas négatifs. Presque la totalité des actions que nous accomplissons avec notre corps, notre parole et notre esprit se basent sur notre ignorance de la nature des choses.

Les karmas que nous avons créés vont se déposer sur la conscience, le 3e lien. De la naissance à la mort, nous accumulons des karmas qui sont engrangés dans le fleuve de la conscience.

Lorsque la conscience s’est associée à un ovule fécondé, le corps physique et les autres éléments de la conscience ordinaire se développent pour former un nouvel être. Il s’agit du 4e lien, appelé le nom et la forme. Ils sont également appelés dans le bouddhisme les 5 agrégats : le corps est « la forme » physique, matérielle (l’agrégat de la forme), et l’esprit est « le nom » (les agrégats des perceptions, des sensations, de l’identification et de la conscience).

Maintenant que nous avons un corps et une conscience, les 6 facultés sensorielles de la conscience apparaissent. Ce sont les « portes d’entrée » grâce auxquelles nous pouvons interagir avec le monde. Les cinq sens et la faculté mentale constituent ainsi le 5e lien, appelé les 6 sources.

Les facultés sensorielles maintenant opérationnelles, elles entrent en contact avec les choses du monde dans lequel nous vivons. Il s’agit du 6e lien.

Dès que le contact est établi avec les phénomènes, nous commençons à en faire l’expérience : les sensations apparaissent, le 7e lien. Certaines choses sont agréables, d’autres non.

Ces expériences plaisantes et déplaisantes vont déclencher des désirs ou des aversions. Conditionnées par notre karma, toutes sortes de sensations apparaissent et l’attachement que nous développons vis-à-vis des choses est appelé « la soif », le 8e lien.

Cette soif, cette avidité pour les sensations agréables (ou la répulsion vis-à-vis des choses déplaisantes) va s’intensifier et gagner en puissance. Elle devient alors la saisie, le 9e lien.

Sous l’emprise de cette puissante saisie, certains karmas créés dans le passé vont être activés à la fin de notre existence. Notre conscience va être ainsi propulsée vers une nouvelle existence, si bien que ce karma déclencheur est appelé l’existence ou devenir, le 10e des 12 liens.

Le 11e lien de la naissance apparaît en réalité dès l’instant où la conscience intègre une nouvelle existence.

Dès le second instant qui suit la naissance, le corps commence à vieillir. Il vieillira ainsi avec le temps, jour après jour, jusqu’à notre mort, constituant le 12e lien qui réunit le vieillissement et la mort.

Les karmas que nous avons créés vont se déposer sur la conscience, le 3e lien. De la naissance à la mort, nous accumulons des karmas qui sont engrangés dans le fleuve de la conscience. Lorsque la conscience s’est associée à un ovule fécondé, le corps physique et les autres éléments de la conscience ordinaire se développent pour former un nouvel être. Il s’agit du 4e lien, appelé le nom et la forme. Ils sont également appelés dans le bouddhisme les 5 agrégats : le corps est « la forme » physique, matérielle (l’agrégat de la forme), et l’esprit est « le nom » (les agrégats des perceptions, des sensations, de l’identification et de la conscience).

L'APPARITION DE L'UNIVERS ET DES ÊTRES
SELON LE TANTRA DE KALACHAKRA

Dans le Tantra de Kalachakra, l’univers n’apparaît pas comme une création à partir de rien, mais comme l’ouverture d’un nouveau cycle parmi d’innombrables cycles sans commencement. 

Au début d’un cycle, seuls subsistent des potentiels subtils : une énergie très fine, comme un vent obscur, dans laquelle reposent les traces karmiques accumulées par les êtres au fil des existences antérieures. 

Sous l’effet de ces potentiels karmiques, les éléments réapparaissent progressivement : d’abord le vent, puis le feu, l’eau et enfin la terre. Leur mise en mouvement forme la structure même du monde — montagnes, océans, continents et univers multiples. Lorsque ces environnements deviennent stables, les êtres renaissent naturellement en fonction de leurs tendances et actions passées : chacun trouve un lieu et une forme d’existence adaptés à son propre karma.

Ainsi, dans la perspective du tantra de Kalachakra, l’apparition de l’univers et l’apparition des êtres sont indissociables : les mondes existent parce que les karmas collectifs créent les conditions pour qu’ils émergent, et ces mondes, une fois formés, deviennent le terrain où ces karmas mûrissent. L’univers extérieur reflète donc la dynamique intérieure des êtres, et les cycles cosmiques suivent la même loi que l’enchaînement des vies.

DÉCOUVREZ ÉGALEMENT…

Collection Big Smile

Les éclats de rire de Lama Zopa Rinpoché illuminaient ses enseignements. Cette collection en transmet la joie et la bonté.

Collection Classiques du bouddhisme tibétain​

Les textes fondamentaux du bouddhisme tibétain, traduits en français.

Les collections Lamrim Tchènmo

Pour explorer toute la profondeur des enseignements du Bouddha.

Collection Vacuité

Découvrez la vacuité, cet élément clé du chemin bouddhiste.

Collection Tantra

Le tantra nous invite à reconnaître la beauté, la sagesse et la compassion déjà présentes en nous.

La voie vers l'éveil

Un ouvrage de référence

Connaître la vacuité

Comprendre l’existence

Collection Guéshé Sopa

Collection de référence

Collection Lamrim Tchènmo

Pour approfondir